Chroniques / Reviews

Le Voyage de Kirikoustra – Kirikoustra

35713420– roman offert par l’auteur –

Titre : Le Voyage de Kirikoustra
Auteur : Kirikoustra
Publication : 2017
Genre : indéfini
Édition lue : auto-édité
Nombre de pages : 58
Statut : lu du 03/04/18 au 04/04/18
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Synopsis :
 L’auteur a créé Kirikoustra, personnage fabuleux qui fait le lien entre passé et présent : en effet, ce fin conteur explore la mythologie avec beaucoup de sagesse et revient régulièrement dans le présent pour nous en donner sa vision à travers des témoignages du quotidien. Inaugure-t-il un style littéraire nouveau dans cet ouvrage qui parle de l’humain ? Ci-dessus une appréciation laissé par une lectrice de Kirikoustra. Je me permets donc de la reprendre et d’en faire le synopsis de l’ouvrage. Sûrement me direz-vous que cela n’est point un synopsis, mais Kirikoustra est bien de ceux qui se refusent à être enfermés dans toutes ces cases.

Critique : Tout d’abord, je tiens à remercier Kirikoustra de m’avoir donné l’opportunité de découvrir son univers si singulier et criant de vérité. Plus qu’un simple récit, c’est un véritable voyage, une remise en question, que nous effectuons en compagnie de Kirikoustra et la Plume.
Dès les premières lignes, le concept est posé par l’auteur : il s’agit de « Libre Écriture », c’est-à-dire un récit sans codes, ni normes, loin des conventions et genres littéraires que nous avons l’habitude de croiser. D’ailleurs, Le Voyage de Kirikoustra n’a pas été répertorié et n’appartient à aucun genre en particulier. Certains diront que ce récit se rapproche de l’essai philosophique, d’autres penseront plutôt à de la poésie ou du théâtre. En réalité, il se veut libre de toutes étiquettes et souhaite simplement interroger les lecteurs ou, du moins, laisse l’auteur libre d’évoquer les sujets qui l’intéressent, sous la forme qui s’impose à lui à un moment précis. Plus qu’une lecture traditionnelle, Le Voyage de Kirikoustra propose un moment de réflexion intense, une véritable expérience à vivre. Pour cela, l’auteur prévient dans son avant-propos que ce texte n’est pas fait pour tout le monde et qu’il est encore temps de ne pas poursuivre. Cependant, cette mise en garde peut justement inciter les lecteurs à aller plus loin, par curiosité. C’est bien connu, quand on nous interdit ou déconseille quelque chose, on a envie de la faire quand même. Avant même d’être plongé dans la lecture à proprement parler, le lecteur doit faire un choix. C’est à partir de là que l’expérience commence vraiment et que le récit prend tout son sens. Une fois engagé dans la lecture, on ne peut plus être indifférent : que le récit nous plaise ou non, qu’il nous touche ou non, dans tous les cas, nous avons une réaction. La lecture est interactive, le lecteur participe, parfois malgré lui, à la réflexion qui est faite sur les nombreux sujets évoqués par Kirikoustra et la Plume. Revenons, plus en détails, sur les différentes parties qui composent Le Voyage de Kirikoustra afin de mieux comprendre en quoi ce livre est différent des autres.
Dans le chapitre « Prolégomènes », qui a pour fonction d’être le prologue, Kirikoustra et la Plume nous sont présentés. Nous comprenons alors que Kirikoustra est de ceux qui se laissent vivre et qui laissent vivre les autres. Cela est important et doit être pris en compte pour l’ensemble du récit, aussi bien au niveau du fond que de la forme. En effet, les sujets abordés sont souvent susceptibles d’être à l’origine de polémiques et sont parfois tabous. Le principe de « Libre Écriture » présenté dans l’avant-propos permet à l’auteur de se détacher de toutes ces contraintes, il peut donc les aborder librement, sans détours. La Plume, que j’ai perçue comme étant un prolongement de Kirikoustra, donne parfois un autre point de vue pour contrebalancer les pensées de Kirikoustra et faire avancer le débat. Par cette volonté de laisser vivre les autres, Kirikoustra appelle à la tolérance et au respect. En nous indiquant que lui-même se laisse vivre, il faut accepter de suivre ses pensées, sans les juger mais sans pour autant les valider, si nous ne sommes pas d’accord avec ce qu’il avance. Au contraire, il autorise son lectorat à l’interrompre à tout moment. Chaque intervenant, que ce soit Kirikoustra, la Plume ou le lecteur, est libre de ses choix et de ses pensées. De plus, le fait que Kirikoustra se laisse vivre peut sous-entendre qu’il faut aborder la lecture avec calme, sérénité et prendre le temps d’apprécier ce que nous découvrons. C’est d’ailleurs visible dans la construction du texte : après le prologue, nous embarquons pour les deux premiers chapitres. Suite à cela, un intermède est proposé et celui-ci permettrait au lecteur de faire le point, de reprendre son souffle avant de poursuivre le voyage avec Kirikoustra. Ce rythme est répété tout au long du récit, cette cadence peut faire écho à un rythme de vie, à la fois soutenu et bien défini, mais qui laisse la liberté de divaguer, comme le supposent les intermèdes qui peuvent être considérés comme des digressions. Pourtant, ces intermèdes ont toute leur importance puisqu’ils encouragent les lecteurs à poursuivre leur réflexion en la mettant en application avec des thèmes qui sont d’actualité, mais qui restent en rapport avec les autres chapitres. Effectivement, dans « Des esprits Premiers », Kirikoustra propose une réflexion presque philosophique sur les Hommes de loi qui prônent l’universalité mais qui la refuse aux autres dès qu’une occasion se présente, comme c’est le cas lorsque les Esprits Premiers ont fait fuir l’Homme Dernier parce qu’il pensait différemment. Dans un souci de faire le lien avec le voyage de Kirikoustra, les thèmes de l’universalité et de l’individualité sont mis en avant par des personnifications, à savoir les Esprits Premiers et l’Homme Dernier. A noter l’utilisation du pluriel en opposition à celle du singulier, qui souligne l’effet de groupe face à un individu qui ose défier la majorité par sa différence. A plusieurs reprises, on fait le parallèle entre Kirikoustra et la société dans laquelle il vit. Il dénonce l’effet de masse et affirme qu’il ne veut pas « être un autre aveugle de plus parmi les voyants », ce qui signifie qu’il veut pouvoir se faire sa propre opinion et agir comme bon lui semble, sans devoir suivre les normes imposées par la société.
Suite à cette première partie qui met en avant les notions d’individualité et d’universalité, Kirikoustra propose un nouveau débat entre « être » et « devenir ». L’intermède, en plus de proposer une réflexion sur un sujet d’actualité, fait office de transition, d’évolution pour le personnage de Kirikoustra. En effet, après chaque intermède, le protagoniste poursuit sa quête, qui pourrait être qualifiée d’initiatique, et met en application ce qu’il a appris précédemment. Kirikoustra grandit, devient lui-même et subit de moins en moins les codes imposés par les autres, ces Esprits Premiers. Encore une fois, dans le chapitre « De la fierté mal placée », on retrouve cette idée de devoir plaire aux autres ou, au contraire, de s’émanciper et d’être fier de ce que nous sommes. Or, Kirikoustra nous explique que nous ne pouvons être fiers que de ce que nous accomplissons et non de ce que la nature nous a offert. Cette opposition de l’ « être » et du « devenir » est parfaitement illustrée dans cette partie et nous pousse à nous surpasser ainsi qu’à faire preuve de tolérance et de respect envers ceux qui sont différents de nous.
Au cours du deuxième intermède, l’Homme est confronté à sa propre opinion et à l’effet « mouton », c’est-à-dire cette habitude de faire comme les autres, quitte à aller à l’encontre de ses principes. Toujours dans un souci de progrès, d’avoir les meilleurs résultats possibles, l’Homme a recours à de nouvelles technologies qui, même si elles ne sont pas encore au point et relèguent les besoins de l’Homme au second plan, sont tout de même mises à disposition de la société. La machinisation de la société et, par extension, de l’Homme provoque une perte de repères et de valeurs, ce qui nous renvoie, à nouveau, à cette opposition des Esprits Premiers et de l’Homme Dernier. Les premiers suivent la majorité, la tendance, tandis que le second reste fidèle à lui-même. Cependant, même si Kirikoustra est conscient qu’il faut savoir s’émanciper et ne pas se formaliser face au regard des autres, il sait qu’il a besoin d’eux pour évoluer. S’il se refermait sur lui-même et s’isolait, Kirikoustra ne serait pas en mesure d’arriver à de telles conclusions et ne pourrait pas ressortir grandi de ce voyage.
Cette idée est illustrée par l’intervention de la Plume, qui vient parler de l’égalité des sexes. J’ai beaucoup apprécié que ce soit justement la Plume qui évoque ce sujet, afin d’incarner la voix féminine, tandis que Kirikoustra représenterait la gent masculine. D’ailleurs, très rapidement, Kirikoustra reprend le contrôle et, par la même occasion, la parole. Cela pourrait être vu comme un affront aux femmes, d’autant plus qu’il a été dit que le sexe féminin est souvent comparé au sexe faible. Néanmoins, je ne l’ai pas ressenti comme cela. Au contraire, Kirikoustra essaie de faire taire la Plume, peut-être pour montrer que c’est le sexe fort, mais la Plume est parvenue à faire passer le message qu’elle souhaitait et n’a pas été interrompue avant d’avoir terminé son discours. Elle a réussi à imposer ses pensées, au lieu de retranscrire, docilement, celles de Kirikoustra.
Le troisième intermède dénonce la suprématie de pays développés et le manque d’intérêt envers les pays dits sous-développés. On retrouve, encore et toujours, le fil rouge de ce récit, à savoir que si les autres ne sont pas comme nous, alors ils ne sont pas dignes que l’on se soucie d’eux. L’exemple des attentats du 11 septembre en comparaison des nombreux attentats qui sont commis en Afrique est très fort et même dur, mais il est réaliste. Il nous pousse à prendre conscience des choses et à essayer de faire preuve d’empathie envers les autres, qui méritent tout autant notre soutien.
Après ce nouvel intermède, Kirikoustra évolue à nouveau et veut devenir un « libre poète ». Cependant, c’est plus une forme théâtrale que nous retrouvons dans « De Cervus et Corpus », puisque le chapitre est présenté sous forme de dialogues, qui pourraient être interprétés sur scène. On retrouve également une morale à la fin de l’histoire, à savoir qu’il ne faut pas chercher à séparer l’esprit du corps puisque les deux sont complémentaires. On retrouve le lien logique qui fait référence aux Esprits Premiers et à l’Homme Dernier. Kirikoustra démontre bien qu’il ne faut pas sous-estimer les qualités intellectuelles puisqu’elles peuvent être très utiles et efficaces. Toujours dans cette idée de respect et d’acceptation de l’autre, on comprend qu’il faut à la fois des personnes aux qualités intellectuelles et d’autres aux qualités physiques pour que le monde fonctionne correctement.
A travers le quatrième et dernier intermède, Kirikoustra défend la notion de liberté en prenant l’exemple du pluralisme du féminisme. En effet, à ses yeux, il existerait presque autant de féminismes qu’il existe de femmes, puisque si l’on décrète qu’il n’y a qu’une seule définition, cela reviendrait à dire qu’il n’y a qu’un modèle de femme acceptable. Or, il souhaite mettre en avant la liberté de la femme, peu importe sa culture, sa religion, son environnement. La femme doit être libre de choisir qui elle veut être et comment elle peut agir. Cet intermède fait écho au chapitre « De la Plume », dans lequel la Plume défendait également la cause des femmes. Quant au reste du récit, on retrouve la notion de respect et celle de non-jugement.
Dans « Des actes manqués », Kirikoustra devient dramaturge. Comme je l’ai déjà souligné, la forme théâtrale est présente dans « De Cervus et Corpus », et nous la retrouvons bien ici grâce au dialogue avec la Plume, qui laisse penser à des répliques. Il y a également une sorte de poésie dans les propos et les gestes de Kirikoustra. Il fait preuve de douceur envers la Plume lorsqu’il la prend dans sa main, comme s’il faisait une comparaison à la légèreté de l’Air. Cet Air, qui nous est indispensable pour vivre, est une personnification pour exprimer l’utilité de chacun. Sans les Hommes, l’Air n’aurait pas la même fonction, la même importance. Par cet intermédiaire, Kirikoustra veut nous faire comprendre que nous sommes uniques et avons tous quelque chose à apporter aux autres. Il ne faut pas nous laisser dicter notre vie, nous faire rabaisser par d’autres personnes qui se sentent plus utiles, à savoir ces Esprits Premiers.
Enfin, dans « Du départ », c’est la fin du questionnement mais le début du véritable voyage de Kirikoustra. Il part à la recherche de l’Homme Dernier, cet Homme qui a été chassé par les Esprits Premiers alors qu’il essayait d’être lui-même. A travers cette réflexion, Kirikoustra a été poussé dans ses retranchements afin de tenter de comprendre les Hommes dans leur ensemble et d’en tirer le meilleur, pour que lui-même le soit. Le chemin pour obtenir toutes les réponses nécessaires à son évolution est encore long, on parle ici de « périple ». Cela peut sous-entendre quelques difficultés, des obstacles, mais la volonté d’y arriver. Par le biais du voyage de Kirikoustra, les lecteurs se sont, eux aussi, posés de nombreuses questions et ont réalisé un véritable travail sur eux-mêmes.
Si, au départ, j’étais un peu perplexe face à l’avant-propos qui m’annonçait un récit très singulier, loin de toutes normes littéraires, j’ai finalement été emportée par cette expérience de lecture inédite. J’ai décidé de me lancer dans l’aventure sans préjugés, ni attente particulière pour vivre pleinement ce moment. J’ai essayé, à mon tour, de coller une étiquette en attribuant un genre à ce texte, mais comme certains chroniqueurs l’ont si bien dit, c’est un vrai OVNI. On ne peut pas trouver de mots qui rendraient justice à ce texte, on finirait par mettre de côté un ou plusieurs aspects, et ce serait vraiment dommage.
J’ai beaucoup apprécié la forme de ce récit, qui, bien que l’avant-propos cherche à nous faire croire le contraire, est très bien structuré et pensé. Les chapitres et les intermèdes, comme je l’ai dit, suivent un rythme précis et justifié, en fonction des thèmes qui sont abordés et de l’évolution du personnage. Les tournures de phrases et le vocabulaire ne sont pas choisis au hasard. Comme nous l’avons vu avec les exemples de personnifications ou les comparaisons, les termes retenus par l’auteur ont toute leur importance et une signification particulière. Cependant, cela est suggéré et non imposé aux lecteurs. Libre à chacun d’interpréter le texte à sa façon et d’en tirer les conclusions qu’il souhaite. Cette liberté, qui est le fil rouge du récit, est laissée au lectorat, ce qui, je trouve, est très intelligent puisque l’auteur met lui-même en application ce qu’il essaye de démontrer tout au long de son livre. Vous l’aurez compris, même si j’ai pu avoir un moment de doute au début de ma lecture, j’ai finalement su apprécier Le Voyage de Kirikoustra et vous le recommande si, vous aussi, vous souhaitez vivre une expérience inédite et singulière.

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