Chroniques littéraires

L’écran des illusions – Intissar Haddiya

Titre : L’écran des illusions
Autrice : Intissar Haddiya
Publication : 2025
Genre : fiction contemporaine
Édition lue : autoédité
Nombre de pages : 173
Statut : lu du 06/01/26 au 09/01/26
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Synopsis : À 51 ans, le Dr C. mène une vie maîtrisée : des journées rythmées par les consultations et des soirées silencieuses dans un appartement parfaitement ordonné.
Un soir, un message inattendu apparaît sur son téléphone. Il s’appelle Larbi. Un inconnu. Cultivé, attentionné, presque trop.
Au fil des échanges, il devient une présence rassurante. Elle se surprend à attendre ses messages, à sourire à son écran, à se sentir heureuse… Pourtant, quelque chose se fissure. Des incohérences apparaissent. Les certitudes se brouillent, et l’équilibre vacille.
Quand le virtuel s’invite dans la réalité, les émotions peuvent devenir un terrain glissant.
Et si la plus grande des illusions était celle que l’on crée soi-même ?

Chronique : Dès la découverte de la quatrième de couverture de L’écran des illusions, j’ai su que ce récit ne me laisserait pas indifférente. Les sujets que je devinais dans ce résumé m’ont interpellée, tant ils sont d’actualité et peuvent être universels. Ma lecture a véritablement confirmé cette première impression.
Le personnage principal, Dr C., a cette particularité de ne pas avoir d’identité bien définie. Bien qu’on sache très rapidement qu’il s’agit d’une femme, le mystère reste entier quant à son nom complet. J’ai beaucoup aimé ce choix de l’autrice. J’ignore si c’est ainsi qu’elle a raisonné en écrivant son roman mais, pour ma part, j’ai eu l’impression que cette absence de nom représentait parfaitement la carapace que la femme s’est construite au fil des années. Puis, peu à peu, des fissures apparaissent et son prénom est enfin dévoilé. Cela montre à la fois la vulnérabilité et la force de caractère de cette héroïne du quotidien, mais permet également aux lecteurs et lectrices de s’identifier à elle. En effet, le sujet de l’escroquerie numérique, et en particulier celui de l’arnaque aux sentiments, est très intime, mais peut tout aussi bien toucher tout le monde. En n’attribuant qu’une initiale à ce personnage, l’autrice prouve que chacun d’entre nous peut être, tôt ou tard, victime de ces machinations. J’ai trouvé la symbolique très forte.
Côté personnages, j’ai également apprécié la façon dont l’autrice les a construits. Qu’il s’agisse de protagonistes principaux ou secondaires, tous ont été bien travaillés pour apporter quelque chose de précis à l’histoire. De même, la psychologie des personnages est très bien décrite. Je trouve cela primordial, puisque tout le récit repose sur cette emprise psychologique qui est propre aux arnaques numériques. Très rapidement, on se prend au jeu des hypothèses et de la traque pour démasquer les escrocs. En quelque sorte, on devient un membre à part entière de l’intrigue. Si cela est rendu possible grâce aux protagonistes, c’est aussi le cas de la structure du récit. Elle est parfaitement pensée pour nous rendre addicts. Personnellement, je n’ai pas pu m’empêcher d’enchaîner les chapitres, ayant l’envie de connaître la suite des événements. Une fois arrivée à la fin, je me suis fait la réflexion que je n’avais pas vu le temps passer.
Au-delà de l’histoire, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir la plume d’Intissar Haddiya. Elle est à la fois délicate et efficace. Ses descriptions apportent tout juste le nombre d’informations nécessaire pour imaginer la scène ou nous attacher aux personnages. Ne connaissant pas les lieux de l’intrigue, qui se déroule au Maroc, j’ai pu aisément me faire une idée de l’ambiance et m’évader mentalement.
En définitive, L’écran des illusions est un roman d’actualité, qui alerte sur les dangers du numérique. Le sujet de l’arnaque aux sentiments est très bien amené et mis en scène. On ne peut rester indifférent face à la détresse de certains personnages et à la cruauté des autres. C’est un récit poignant, qui touche à l’intime mais qui parle au plus grand nombre. Je vous le recommande chaleureusement.

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